Par Esteban PinelLe 5 août 2020 à 11h52, modifié le 6 août 2020 à 09h55 dans le journal « Le Parisien »

Il a tiré sa révérence sous les applaudissements des badauds. Dimanche 2 août, un phoque affaibli a passé de longues heures sur la plage de Langrune-sur-Mer (Calvados). Franck Jouy, le premier adjoint au maire, était aux premières loges, lui qui vit en front de mer. « Globalement, les gens les respectent et ne s’en approchent pas. Mais il y en a toujours qui pensent savoir quoi faire et disent d’aller l’arroser ou le remettre à l’eau. » Cette fois, le mammifère est retourné seul dans les vagues avant… de prendre un repos éternel. Sa dépouille a, malheureusement, été retrouvée le lendemain à Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados).

Si cette funeste issue n’est pas la norme, les visites des phoques, elles, le deviennent un peu. « Il y a de plus en plus de passages de phoques sur le sable depuis leur retour en Normandie au début des années 1990 », indique Marie Francou, chargée de mission mammifères marins au Groupement mammalogique normand (GMN). Aussi, le GMN a-t-il conçu une charte baptisée « Îlot de tranquillité », proposée aux communes du littoral.

Saint-Aubin-sur-Mer, première à adopter la charte

Saint-Aubin-sur-Mer a été la première à s’engager. Peu après le déconfinement, un phoque a fait escale dans la cité balnéaire de la Côte de Nacre. Le groupement est intervenu et a parlé de la charte aux élus. Elle a été ratifiée début juillet. Elise Mackowiak, la première adjointe, développe : « Il y a un double intérêt : protéger les animaux et les humains qui s’approchent d’un peu trop près. » La commune se trouvait démunie face à ces imposants visiteurs, qui peuvent peser plus de 300 kg. « C’est important de savoir quoi faire, selon que l’animal est en bonne santé, malade, voire décédé. Cette charte définit des protocoles, et apporte beaucoup de sensibilisation et d’information. »

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Concrètement, des affiches explicatives ont été apposées en plusieurs endroits de la ville, en attendant des panneaux sur les accès à la plage. L’exposition itinérante du Groupement mammalogique normand a pris ses quartiers dans la médiathèque municipale. Les équipes communales (policiers municipaux, sauveteurs…) seront formées, pour gérer les échouages et répondre aux interrogations d’un public intrigué. Marie Francou, du GMN, insiste : « Il faut comprendre que voir des phoques sur nos plages, c’est normal. Le tout, c’est de ne pas s’approcher, ne pas les nourrir, ni les arroser. Il faut pouvoir l’expliquer aux gens. »

Protocole et périmètre de sécurité

Dimanche 26 août, dans la matinée, Saint-Aubin-sur-Mer a reçu la visite de son premier phoque depuis la signature de la charte. L’occasion d’affiner la marche à suivre. Et comme il est d’usage depuis déjà quelque temps, de déployer le périmètre de sécurité d’une cinquantaine de mètres tout autour de l’animal. Réflexe similaire à Langrune-sur-Mer début août, lors de l’échouage du vieux phoque : « Quand on a vu nos voisins de Saint-Aubin s’engager, on a trouvé que c’était une bonne idée, souligne Franck Jouy, le premier adjoint au maire. C’est bien d’avoir des protocoles et de favoriser la tranquillité des animaux. D’autant plus que le phoque passe un tiers de son temps à se reposer ! »

Une habitude à entériner, qui devrait s’enraciner le long du littoral. En plus de Langrune-sur-Mer, qui devait signer la charte à la rentrée, Bernières-sur-Mer serait sur le point d’en faire autant, en attendant d’autres.